Note de film : Le chat – 1971

Un film de Pierre Granier-Deferre.
Avec Jean Gabin et Simone Signoret.

Page Wikipedia du film

Attention : Les lignes qui suivent sont une « note » que j’ai rédigée après avoir vu ce film. Cet article comporte des spoïlers très importants je vous indiquerai d’un texte rouge quand ils commenceront afin de ne pas vous gâcher les surprises..

Dans la ville de Courbevoie, un couple, Julien et Clémence Bouin passent leur temps à se haïr. Ce film raconte leur chute aux enfer dont l’issue est impossible.
Julien est typographe retraité et Clémence ancienne acrobate. Le problème est que les choix de leur passé font qu’ils se détestent aujourd’hui. Julien à étouffé Clémence en lui imposant de quitter le cirque, ce qui ne fut pas difficile après sa chute de trapèze. Clémence apprend qu’elle ne pourra plus jamais marcher correctement. Elle boite d’ailleurs.
Julien lui, dit qu’il change, comme le monde et qu’il n’aime plus Clémence. Greffier fait son apparition dans leur couple, un chat de gouttière retrouvé dans le voisinage. Julien s’occupe de Greffier à temps plein et ne fait cas des questions de Clémence.

Les thèmes de ce film sont assez importants. Le récit est découpé en plusieurs époques. On commence le film par des plans de Courbevoie dans une brume épaisse qui ne nous laisse rien présager de bon. L’ambiance est vraiment travaillée dans ce film.

Le bruit incessant du deux ton de l’ambulance et un gros plan sur le gyrophare nous indiquent que quelque chose se passe. On voit aussi un plan d’un couloir d’hôpital menant au « bloc opératoire » mais rien ne nous indique le pourquoi du comment. Tout le film va s’en charger.
C’est vraiment bien découpé. 

Les spoilers commencent

La construction vue par la destruction :

Dans leur rue, quand ils emménagent, on nous montre, grâce à un flashback que tout est idyllique. Tout est beau et que la vue du quartier est « imprenable » comme le dit le bailleur. Ensuite, pendant tout le film, on apprend qu’un nouveau quartier se construit, mais on ne voit aucune structure sortir du sol, rien, que de la destruction. Un vacarme incessant, des ouvriers parlant une langue étrangère (ce qui appuie le fait que la communication est impossible), des camions, des pelleteuses, de la terre et des gravats. Rien, absolument rien ne laisse entrevoir que l’issue du film sera bonne.

La jalousie et sa bêtise légendaire :

Le chat est un élément déclencheur dans le film. Il pousse Clémence dans ses jugements idiots et non fondés sur de la jalousie.
Julien est aussi jaloux, et aussi bête. Quand Clémence lui dit qu’elle va aux obsèques d’un ancien clown, il lui fait une scène car elle reçoit des appels de l’extérieur. La jalousie pousse même Clémence à se séparer du chat. Le premier essai n’est pas concluant, elle l’abandonne dans un supermarché, mais il revient. La seconde fois est radicale, elle ouvre le feu sur la pauvre bête avec une arme que Julien lui a donné pour qu’elle le tue lui, pas Greffier.

La bonté étouffée par le quotidien :

Ils s’aiment, et se détestent, c’est un film dont l’angle est très complexe. L’amour des deux cachés par la haine du quotidien. C’est un récit d’anticipation pour plein de personnes. C’est terrifiant, cela donne envie de ne pas se laisser avoir par une routine nulle et destructrice.
Le moment ou Julien lui adresse un mot gentil est assez fort car même ça, alcool (soulignée par le plan sur le verre) fait revenir Julien sur sa parole. Il n’envoie pas le mot, mais le jette au feu. C’est encore une preuve de l’usure du quotidien.

De l’érosion à la destruction :

Julien et Clémence mangent dans la même pièce mais pas à la même table.

Si ce film est noir par son érosion. Je vois là le travail de Georges Simenon qui, pendant sa vie et ses voyages à rencontré des tas de gens et qui en montre une facette. Celle ci, manque de bol, est pessimiste au possible.
Leur quotidien montre bien qu’un couple, doit se construire chaque jour qui passe. Que rien n’est acquis et que l’entretien d’un bâtiment, aussi petit qu’il soit, nécessite de l’attention et de la rénovation.

Ils ne se parlent plus, Julien l’a promis à la mort de Greffier. « Je reviens, mais je ne t’adresserais plus jamais la parole, tu entends ! » Ils font donc leur vie, chacun de leur côté. Avec des cadenas aux portes et des tables, lits, repas et nourriture séparés.

Dans ce plan, Julien regarde d’en bas, mutique, la destruction des bâtiments d’en face. Une énorme boule de fer vient cogner, sans âme, sans émotion les murs de l’immeuble détruit petit à petit. 

Le dialogue laisse entrevoir une solution, mais la bêtise le clôt :

Dans cette scène, Julien est chez Nelly. Elle tient un hôtel de passes non loin de leurs maisons. Il ne consomme pas, il y vit, dans la chambre 19, sans autre but que d’être loin de Clémence. Il regarde, sans le son, des oiseaux voler. Quand Nelly vient lui parler de sa femme, il répond brièvement. Quand la discussion l’agace, il allume le son et la discussion se fait couper par les cris des goélands qui volent. Le caractère buté du personnage est bien présent. On voit que le peu de phases de « questionnement » de la part de Clémence sont annulés par des réponses bêtes et bourrues de Julien. 

Deux truffes, entourés de gens bienveillants :

Plus j’écris ces lignes, plus je pense que ces deux personnages sont des truffes. Que ce soit par leurs crises de jalousies, le fait qu’ils s’étouffent mutuellement. Ils n’écoutent jamais l’autre, mais pire, ils n’écoutent pas les autres en général. Julien à des collègues qui lui disent qu’il ferait mieux de partir. Non ! Il s’en fiche, il est aveuglé par ses certitudes et son quotidien.

La vengeance ? 

Julien tue t’il Clémence par son mutisme et son absence ? C’est la question que je me pose, ce qui appuie encore plus fort le thème de la bêtise. Car, la mort de Clémence le mène à sa propre mort. Comme s’il avait fait son travail de vengeance et que son suicide est l’inéluctable fin de cette relation destructrice. Quel gâchis ! Clémence sait jouer des tas d’instruments, peut reprendre quand elle veut un travail au cirque. Lui peut partir vivre ailleurs, son métier lui plaisait, il collectionne toutes les coupures qu’il a imprimé.

Je ne peux pas vraiment conclure, c’est une « note » comme j’en prends des tas sur les films qui me marquent. Je n’ai pas pour but de proposer une analyse unique, mais juste une réflection sur certains thèmes, certains plans, certains dialogues qui m’ont marqué pendant que je regardais ce film. J’espère que ces lignes vous auront donné envie de le revoir ou de le voir. N’hésitez pas à me donner vos ressentis ensemble, on peut découvrir plein de choses encore.

Belle journée à vous.

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